C’est en 1847 que Théodore Rousseau décide de s’installer définitivement à Barbizon où il avait séjourné à plusieurs reprises dans les années 1830.
Le peintre connaît à cette époque une période difficile de son existence : ses tableaux sont refusés par le jury du Salon depuis plusieurs années et il vient de connaître une grande déception sentimentale. Le village de Barbizon lui apparaît alors comme un refuge. Il loue une petite maison en retrait de la Grande rue ainsi que la grange attenante : l’ensemble lui sert à la fois d’habitation, d’atelier et de lieu de réunion pour les amis artistes qui vivent ou séjournent dans le village ou pour les amateurs qui, de plus en plus nombreux, s’intéressent à son travail.
Alfred Sensier, l’ami et le biographe de Théodore Rousseau et de Jean-François Millet, évoque les réunions d’artistes qui se tenaient dans ce lieu : « C’était là, dans cette grange sans portes, avec ses murs de grès bâtis à la terre, que nous nous rassemblions avec Diaz, Barye, Daumier, Millet, … Diaz excitait le bon rire de Rousseau par ses caprices inattendus ; Daumier était en verve rabelaisienne, Barye pétillait de sarcasmes et d’histoires mordantes, Millet ne songeait plus à ses misères et causait de son pays normand. »
Une certaine aisance financière a permis à Rousseau de faire aménager au premier étage de la maison un véritable atelier, comme en témoigne encore la grande verrière orientée au nord qui s’ouvre dans le toit et l’ouverture verticale dans la façade qui permettait le passage des toiles de grand format sans les enlever de leur châssis.
Du temps de Rousseau, seul l’escalier de pierre extérieur, sur le pignon ouest de la maison, donnait accès à l’étage. « Rousseau jouit ainsi d’une période de plusieurs années assez “fortuné” pour transformer son toit de paille en un atelier de bois et de tuiles », témoigne à nouveau Alfred Sensier.