Histoire, art
Qu'est ce que "le Prix de Rome" de paysage historique ?
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Fondé en 1663 sous l’impulsion de Jean-Baptiste Colbert, le Prix de Rome est un prestigieux concours artistique, très sélectif, permettant aux lauréats de se former en Italie pendant plusieurs années. Si l’expression « Prix de Rome » ne s’impose réellement qu’au XIXe siècle, elle désigne alors à la fois le concours et la pension accordée aux artistes. Accueillis à l’Académie de France à Rome, d’abord au palais Mancini puis à la villa Médicis, les pensionnaires bénéficient d’un cadre exceptionnel pour parfaire leur art. Le concours sera finalement supprimé en 1968.
Les épreuves sont ouvertes à tout concurrent de sexe masculin (les femmes n’obtiendront le droit de concourir qu’en 1903), célibataire, âgé de moins de trente ans et déjà admis à l’École des beaux-arts. Elles se déroulent sur plusieurs semaines et en trois étapes. Lors de la première, les candidats réalisent une esquisse peinte à l’huile, dont le sujet est toujours emprunté à l’histoire biblique ou mythologique. À l’issue de cette sélection, les admissibles doivent produire une étude de nu, également à l’huile, en quatre sessions de sept heures. Enfin, pour les derniers candidats, la troisième épreuve consiste à exécuter une esquisse puis une grande toile sur un sujet historique imposé, dans des conditions d’isolement en loge pendant soixante-douze jours.
Créé en 1816, le Grand Prix de Rome de paysage historique s’inscrit dans la volonté de donner au paysage, jusque-là relégué dans le bas de la hiérarchie des genres, une place plus noble dans la peinture académique. Porté notamment par Pierre-Henri Valenciennes, dont l'enseignement va marquer de nombreux peintres de Barbizon, il impose un enseignement rigoureux où composition, lumière et étude de la nature doivent servir des sujets mythologiques ou religieux.
Entre concours en loge, séjours à la Villa Médicis et confrontation directe avec le paysage italien, les lauréats contribuent progressivement à faire évoluer la discipline vers plus de liberté et d’observation du réel.
De Michallon à Girard, en passant par Rémond ou Prieur, ces artistes participent à la lente affirmation du paysage, jusqu’à préparer l’essor du plein air, du naturalisme et de l’école de Barbizon.
Supprimé en 1863, ce prix aura accompagné une mutation décisive : celle du paysage, longtemps secondaire, devenu un genre majeur de la peinture.
L'exposition "Trésors de Papier" met à l'honneur l'artiste Ferdinand Chaigneau (1830-1906), surnommé le "Raphaël des moutons", dont le musée possède le fonds d'atelier.
Sont exposées en particulier son oeuvre présentée au Concours de paysage historique en 1857, sur le thème de Jésus et la Samaritaine, en regard de l'esquisse au crayon avec mise au carreau. Réalisée en douze heures selon un thème imposé et tiré au sort par le jury, cette esquisse sert de base au tableau final réalisé en soixante-dix jours. La cohérence entre l’esquisse et le rendu final est l’un des critères de jugement.
Candidat malheureux à ce concours, contrairement à son condisciple Olivier de Penne (dont certaines oeuvres sont exposées dans la même salle de l'exposition) qui remporta le second prix de Rome de paysage historique en 1857, Chaigneau abandonne la peinture d’histoire pour se consacrer aux paysages, aux scènes rurales et à la représentation animale et trouve une nouvelle source d’inspiration dans la forêt de Fontainebleau. Installé à Barbizon à partir de 1858, il rejoint les artistes de l’École de Barbizon aux côtés de Rousseau et Millet.